Les principales banques américaines réfutent les accusations de fermeture de comptes pour des raisons politiques et appellent à la prudence alors que les inquiétudes du secteur s’intensifient. Les preuves suggèrent que la conformité réglementaire, et non l’idéologie, motive la plupart des fermetures de comptes.
Résumé
Une vague d’indignation en ligne a éclaté ce mois-ci après l’apparition d’allégations affirmant que les principales banques américaines pratiquaient le « de-banking » de clients pour des raisons politiques. Ce récit s’est rapidement répandu dans les cercles crypto, amplifiant la crainte que la finance traditionnelle n’utilise l’accès bancaire comme arme contre les particuliers et les entreprises.
Cependant, des cadres supérieurs du secteur bancaire, dont Jamie Dimon, PDG de JPMorgan, ont publiquement démenti ces affirmations, les qualifiant d’inexactes et trompeuses.
Le récit s’est intensifié rapidement après que des personnalités politiques de premier plan ont affirmé avoir été personnellement visées par de grandes banques américaines. Des titres évoquant le « de-banking politique » ont envahi les réseaux sociaux, amplifiant la crainte que les institutions financières pratiquent une discrimination idéologique. En réponse à la controverse croissante, les PDG et porte-parole de Bank of America et JPMorgan ont publié des déclarations publiques coordonnées pour nier tout acte répréhensible.
Dans des interviews, Jamie Dimon a qualifié ces allégations de non fondées et a insisté sur le fait que la banque ne ferme pas de comptes pour des raisons politiques ou religieuses.
Le dirigeant de 69 ans a plutôt précisé que les révisions de comptes sont dictées par les exigences réglementaires, les obligations de lutte contre le blanchiment d’argent et les évaluations des risques imposées par la loi fédérale. Ses propos sont en phase avec ceux de Bank of America, qui affirme également qu’aucun facteur politique n’influence la prise de décision concernant les comptes.
Ces démentis reflètent des pratiques largement documentées dans le secteur. Depuis des années, les secteurs considérés « à haut risque » — plateformes d’échange crypto, services pour adultes, armuriers, opérateurs de jeux, etc. — font face à des fermetures de comptes similaires en raison de préoccupations liées à l’AML. Dans presque tous les cas, ces actions relèvent de la conformité, non de l’idéologie. Néanmoins, le manque de transparence autour des fermetures de comptes individuels alimente souvent la spéculation et crée un terrain fertile pour les récits politiques.
L’industrie crypto est particulièrement vulnérable à ce type de mésinterprétation. Même les entreprises crypto neutres, apolitiques ou conservatrices sur le plan opérationnel ont vu leurs comptes suspendus en raison de flux de transactions volatils ou d’un manque de clarté sur la juridiction. Ces vulnérabilités structurelles ne sont pas nouvelles et touchent largement divers secteurs, pas seulement les clients politiquement actifs.
Là où le récit devient problématique, c’est lorsque l’on suppose que ces fermetures relèvent d’une suppression politique ciblée. Les analystes préviennent que confondre actions de conformité et discrimination idéologique risque de détourner l’industrie crypto de ses véritables défis structurels : régulation incohérente, normes de dé-risquage inégales et nécessité de diversifier les partenariats bancaires.
Même si des institutions comme JPMorgan annoncent leur intention de s’impliquer dans les stablecoins malgré le scepticisme persistant de leur PDG, la question centrale demeure celle de la clarté réglementaire, et non du ciblage politique.
Les spécialistes de la conformité rappellent que le vrai point de pression réside dans l’évolution des cadres AML. Après des années de surveillance réglementaire accrue, les banques ont adopté des approches conservatrices du risque transactionnel. Lorsque la liquidité ou la transparence opérationnelle diminue, les fermetures suivent souvent, non pas pour des raisons politiques, mais pour une requalification du risque.
Alors que les dirigeants bancaires prennent désormais des mesures pour dialoguer avec les législateurs et améliorer la communication, le secteur crypto doit rester réaliste. Le dé-risquage se poursuivra tant que l’ambiguïté réglementaire persistera. Un ensemble de normes plus transparentes, en particulier sur les modalités et les raisons des fermetures de comptes, permettrait de rétablir la confiance et de réduire la propagation de fausses informations.