Les législateurs polonais n'ont pas réussi à annuler le veto présidentiel sur le projet de loi sur la cryptomonnaie

Le parlement polonais a de nouveau échoué à annuler le veto du président Karol Nawrocki sur un projet de loi sur la réglementation des cryptomonnaies, prolongeant ainsi une impasse de plusieurs mois sur la manière dont le pays doit gouverner les actifs numériques. Lors d’un vote vendredi, les législateurs n’ont pas atteint les 263 voix nécessaires pour passer outre le veto du président, avec 243 députés votant contre et 191 en faveur, selon TVP World.

Le projet de loi, soutenu par le Premier ministre Donald Tusk, vise à aligner la Pologne sur le Règlement sur les marchés des crypto-actifs (MiCA) de l’Union européenne, le cadre global de l’UE pour l’émission et la garde des actifs cryptographiques. S’il était adopté, la loi marquerait une étape importante pour la supervision des cryptos en Pologne, qui reste le seul État membre de l’UE à ne pas encore mettre en œuvre MiCA.

Le président Nawrocki a défendu son veto, arguant que la réglementation proposée risquait de dépasser les limites, manquait de transparence suffisante, et imposerait une charge excessive aux petites entreprises, rapporte TVP World. En revanche, des responsables gouvernementaux ont averti que le retard dans la mise en place des règles expose les investisseurs à des risques, le ministre des Finances Andrzej Domański qualifiant l’absence de règles claires de transformation du marché en un « Eldorado pour les fraudeurs ».

Ce conflit politique en cours a des implications plus larges pour l’écosystème crypto en Pologne, y compris pour les acteurs locaux et les entreprises étrangères qui doivent peser la certitude réglementaire contre l’incertitude dans l’un des plus grands marchés européens. L’impasse se joue alors que la plus grande plateforme d’échange du pays, Zonda, se retrouve au centre du différend, avec des allégations liées à un financement illicite et à des préoccupations de sécurité nationale.

Principaux enseignements

La dernière tentative d’annuler le veto de Nawrocki a échoué, empêchant pour l’instant la progression d’une réglementation alignée sur MiCA en Pologne, avec 243 voix contre et 191 en faveur de l’annulation du veto.

La Pologne reste le seul État membre de l’UE à ne pas encore avoir mis en œuvre MiCA, malgré les efforts répétés du gouvernement et des votes antérieurs qui ont bloqué le projet de loi en 2023 et 2024.

Les responsables soutiennent qu’une réglementation en temps utile protège les investisseurs et les consommateurs, tandis que Nawrocki affirme que la mesure telle qu’elle est rédigée pourrait entraver les affaires et la transparence du marché.

Zonda, la plus grande plateforme d’échange crypto en Pologne, est devenue un point focal du débat politique, le PDG Przemysław Kral réagissant aux accusations et avertissant de poursuites judiciaires pour défendre la réputation de l’entreprise.

Frictions réglementaires et calendrier MiCA

L’impasse actuelle sur le veto est la deuxième tentative échouée du gouvernement pour faire passer le projet de loi crypto après un rejet similaire en décembre. Lors de cette première étape, les législateurs ont réintroduit une version révisée en quelques jours, affirmant que les modifications répondaient aux préoccupations, bien que les critiques aient soutenu que le document restait largement inchangé. Le veto de Nawrocki en février—décrit à l’époque comme une position de principe contre l’adoption d’une « mauvaise loi »—a empêché la progression de la réglementation, compliquant la voie de la Pologne vers la conformité à MiCA.

La persistance de cette impasse souligne une divergence réglementaire plus large au sein de l’Union européenne sur la structuration des marchés crypto. MiCA a été conçue pour fournir un cadre standardisé de l’UE pour l’émission et la garde des cryptos, réduisant l’incertitude pour les émetteurs, les plateformes et les portefeuilles opérant dans différents États membres. La résistance répétée de la Pologne à adopter ce cadre—alors que d’autres membres cherchent à le mettre en œuvre—met en évidence des priorités concurrentes entre favoriser l’innovation et imposer des protections à une industrie naissante.

Les reportages de TVP World suggèrent que la position du gouvernement se concentre sur l’équilibre entre clarté réglementaire et accessibilité pour les entreprises, tandis que Nawrocki insiste sur le risque de sur-réglementation. Le conflit n’est donc pas purement technique ; il constitue un test politique de l’alignement de la Pologne avec la politique de l’UE et de sa position sur l’innovation fintech.

L’épisode Zonda et ce qu’il signifie pour le débat crypto en Pologne

Au milieu de la bataille législative, Zonda—la plus grande plateforme d’échange crypto en Pologne—a été impliquée dans le débat sur la transparence réglementaire et la sécurité. Le Premier ministre Tusk a publiquement accusé la plateforme de liens avec un financement illicite, citant des rapports de renseignement qui relieraient l’origine de Zonda à des réseaux criminels russes. En réponse, le PDG de Zonda, Przemysław Kral, a affirmé que lier la plateforme au crime est infondé et nuisible à l’écosystème d’innovation polonais. Il a déclaré que ces accusations visaient à entraîner lui et Zonda dans la mêlée politique et a averti qu’il prendrait des mesures légales pour défendre ses droits personnels.

La controverse s’est intensifiée après que Kral a affirmé ne pas contrôler l’accès à un portefeuille crypto détenant environ $330 million, une question liée aux actifs d’un ancien PDG disparu en 2022. Bien que ces affaires relèvent à la fois du domaine commercial et politique, elles contribuent à un climat de surveillance accrue pour les plateformes opérant en Pologne—un facteur que les régulateurs prendront probablement en compte lorsqu’ils examineront comment des règles conformes à MiCA pourraient affecter les licences, la lutte contre le blanchiment d’argent et la responsabilité des plateformes.

Les analystes voient dans l’épisode Zonda une illustration de la tension entre favoriser une industrie crypto dynamique et maintenir une supervision rigoureuse. Si une réglementation de style MiCA progresse, les plateformes polonaises pourraient bénéficier de voies de licence plus claires et d’attentes de conformité standardisées, ce qui pourrait compenser les préoccupations de Nawrocki concernant la charge réglementaire. À l’inverse, si le projet de loi est à nouveau bloqué, les acteurs du marché pourraient chercher des conditions favorables ailleurs ou obtenir des licences dans des juridictions plus permissives, retardant l’intégration complète de la Pologne

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