Pourquoi la confiscation de la richesse des milliardaires ne résoudrait pas les budgets gouvernementaux — et ce qu'il faut pour devenir milliardaire dans un tel système

La proposition de taxe sur la richesse en Californie a suscité un débat intense sur la possibilité de réellement sauver les finances de l’État en ciblant les ultra-riches. Cependant, selon l’analyse budgétaire du principal économiste Kent Smetters, la réalité est bien plus sobère que la rhétorique populiste ne le laisse penser. Comprendre comment la richesse s’accumule réellement — et ce qu’il faudrait pour devenir milliardaire selon différents régimes fiscaux — révèle pourquoi une confiscation agressive de la richesse ne répond pas aux attentes politiques.

La promesse non tenue des taxes sur la richesse à travers le monde

L’attrait des taxes sur la richesse semble simple : taxer les ultra-riches pour générer des revenus importants. Pourtant, l’histoire raconte une autre réalité. L’Autriche, le Danemark, l’Allemagne et la France ont tous expérimenté ces taxes, avant de les abandonner après des résultats décevants. En juin 2024, seulement quatre pays membres de l’OCDE maintiennent encore une taxe sur la richesse, tandis que les États-Unis ne l’ont jamais mise en place — en partie pour des raisons constitutionnelles, et aussi à cause des leçons tirées à l’étranger.

Lorsque ces pays ont aboli leurs taxes sur la richesse, un schéma s’est dégagé. La plupart ont collecté moins de 0,3 % du PIB, malgré des coûts administratifs élevés et des difficultés persistantes à évaluer des actifs complexes comme les startups ou les franchises sportives. L’écart entre les recettes projetées et les résultats réels a mis en évidence une faille fondamentale dans la conception de la politique : la richesse est beaucoup plus mobile et difficile à taxer que le revenu.

Comment Kent Smetters remet en question le récit sur la taxe aux milliardaires

Kent Smetters, professeur à la Wharton School et directeur du Penn Wharton Budget Model (PWBM), apporte des décennies d’expertise fiscale à ce débat. Son parcours inclut des postes à la Congressional Budget Office et au Trésor américain, où il a dû évaluer les impacts concrets des propositions de politique fiscale. Dans une interview à Fortune, Smetters a exprimé une vérité inconfortable : les taxes sur la richesse fonctionnent mal comme générateurs de revenus, et l’enthousiasme actuel pour elles reflète ce qu’il qualifie de « tempête parfaite » d’anxiété économique plutôt que d’une planification fiscale rationnelle.

Smetters décrit le PWBM comme un « bac à sable politique » où les législateurs peuvent tester des idées avant de les mettre en œuvre. Ce cadre a révélé que les propositions populistes de taxation, bien qu’émotionnellement attrayantes, produisent souvent des résultats fiscaux négligeables. Son scepticisme n’est pas idéologique mais empirique, basé sur des modélisations qui suivent le comportement de la richesse face à une taxation agressive.

La logique mathématique derrière l’impossibilité de équilibrer le budget en ciblant les milliardaires

Pour illustrer son propos, Smetters a posé un scénario hypothétique : que se passerait-il si le gouvernement fédéral confisquait toute la richesse dépassant 999 millions de dollars ? Le montant ainsi recueilli ne couvrirait les dépenses fédérales que pour sept à huit mois. Ce calcul met en lumière une idée fausse au cœur du mouvement pour la taxe aux milliardaires : la quantité absolue de richesse détenue par ces derniers, aussi impressionnante soit-elle, reste modeste par rapport à l’ampleur des dépenses publiques.

Ce constat contredit l’idée que les milliardaires détiennent suffisamment de ressources pour remodeler significativement les finances publiques. Au contraire, il suggère que même une confiscation totale ne résoudrait qu’une petite partie du déséquilibre fiscal. Les implications sont importantes : si cibler les milliardaires ne peut pas résoudre la crise budgétaire, les décideurs doivent envisager d’autres approches en matière de fiscalité et de discipline des dépenses.

Facteurs économiques qui alimentent la poussée pour taxer les ultra-riches

Pourquoi la mouvance pour la taxe sur la richesse persiste-t-elle ? Smetters attribue cette dynamique à plusieurs forces convergentes. La progression rapide de l’intelligence artificielle génère de l’anxiété face à la perte d’emplois, surtout avec la montée en puissance des leaders technologiques. La domination de quelques grandes entreprises dans le S&P 500 donne l’impression que la concentration de la richesse s’accélère. Par ailleurs, les réseaux sociaux amplifient les récits populistes, créant une pression politique pour des mesures spectaculaires.

Smetters évoque aussi le concept d’« illusion monétaire » en économie comportementale — un phénomène où les gens se perçoivent comme plus pauvres malgré une amélioration du niveau de vie, parce qu’ils se concentrent sur l’augmentation nominale des prix plutôt que sur les progrès réels. Aujourd’hui, les Américains jouissent d’un niveau de vie bien supérieur à celui des générations précédentes, mais cette avancée semble souvent invisible pour les électeurs confrontés à des salaires nominaux stagnants.

Ces facteurs psychologiques et sociaux expliquent l’attrait des taxes sur la richesse, même si les données suggèrent qu’elles sont inefficaces. Ils se relient aussi à la question plus large de la façon dont la richesse s’accumule : dans un système avec une taxation agressive, les voies pour devenir milliardaire se réduiraient considérablement, ce qui pourrait diminuer l’incitation à l’entrepreneuriat et la dynamique économique.

Construire la richesse versus la redistribuer : le vrai débat politique

Plutôt que de poursuivre une taxe sur la richesse, Smetters prône l’élargissement de la base fiscale via des mécanismes comme une taxe de vente globale ou une TVA (taxe sur la valeur ajoutée). Ces approches génèrent des revenus plus stables, sans les complexités d’évaluation et d’évitement que posent les taxes sur la richesse. La dépendance actuelle de la Californie à un système fiscal très progressif et volatile la rend vulnérable aux fluctuations économiques — une faiblesse structurelle que les taxes sur la richesse ne résoudraient pas.

Smetters se décrit comme « à 80 % libertarien », ce qui signifie qu’il privilégie généralement des solutions basées sur le marché, avec des exceptions pour les défaillances du marché comme la pollution ou le sous-investissement dans le capital humain. Selon lui, l’objectif devrait être d’élargir les sources de revenus plutôt que de se concentrer sur la pression fiscale sur certains individus riches.

Certains économistes progressistes soutiennent que les hypothèses du PWBM surestiment le coût de la fiscalité tout en sous-estimant les bénéfices des investissements publics, ce qui pourrait biaiser l’analyse contre des programmes sociaux étendus. Smetters reconnaît que des dépenses bien conçues — notamment dans l’éducation de la petite enfance, la santé ou l’environnement — peuvent produire des retours économiques positifs. Il note aussi que l’immigration hautement qualifiée augmente globalement les salaires, y compris pour les travailleurs natifs.

Le vrai débat ne porte donc pas sur l’existence ou non des milliardaires, ni sur l’importance de l’inégalité de richesse. Il concerne plutôt l’efficacité des mécanismes de financement du gouvernement et le compromis entre redistribution et croissance. Ce débat doit prendre en compte ce que montrent les données : confisquer la richesse des milliardaires ne résoudra pas les problèmes budgétaires, mais comprendre pourquoi les gens en viennent à envisager de telles mesures offre un aperçu des angoisses économiques profondes qui façonnent la politique américaine.

Une conversation fiscale résolument américaine

Smetters souligne que les États-Unis disposent déjà d’un des systèmes fiscaux les plus progressifs parmi les pays de l’OCDE. Les riches paient une part disproportionnée des impôts totaux, tandis que les ménages à faibles revenus bénéficient souvent de crédits d’impôt comme le crédit d’impôt sur le revenu gagné. Pourtant, la collecte totale de l’impôt par rapport au PIB est inférieure à celle de nombreux pays développés, limitant les ressources disponibles pour financer les programmes publics.

Cela crée un paradoxe américain : un système fiscal très progressif qui ne génère pas suffisamment de revenus pour des dépenses étendues. La Californie fait face à une version aiguë de ce défi, ce qui explique à la fois la pression pour adopter des taxes sur la richesse et l’importance de modéliser précisément leur impact probable. Comprendre que la confiscation de la richesse des milliardaires ne financerait que brièvement le fonctionnement du gouvernement, plutôt que de manière durable, est essentiel pour élaborer une politique fiscale réaliste.

L’intensité des débats fiscaux aux États-Unis reflète des incertitudes plus larges sur l’équité, l’opportunité et la répartition des ressources. Ce sont des préoccupations légitimes, mais elles doivent être traitées par des politiques fondées sur des preuves plutôt que par des mesures qui, bien qu’attrayantes intuitivement, échouent à tenir leurs promesses.

Voir l'original
Cette page peut inclure du contenu de tiers fourni à des fins d'information uniquement. Gate ne garantit ni l'exactitude ni la validité de ces contenus, n’endosse pas les opinions exprimées, et ne fournit aucun conseil financier ou professionnel à travers ces informations. Voir la section Avertissement pour plus de détails.
  • Récompense
  • Commentaire
  • Reposter
  • Partager
Commentaire
0/400
Aucun commentaire
  • Épingler